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 Post subject: Regards actuels sur le CHILI
PostPosted: Wed Feb 23, 2005 13:30 
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Joined: Sun Sep 12, 2004 23:39
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Location: Paris
En voyage autour du monde pendant 1 an, nous sommes passes par le Chili et avons decouvert une realite politique que l'on ne soupconnait pas :

1) Pinochet garde un fort soutien dans la population. D'ailleurs Lavin (ancien conseiller de Pinochet) a ete reelu en 2004 a la mairie de Santiago et sera le candidat de l'opposition a la future presidentielle

2) La majorite des jeunes est au mieux depolitisee, au pire s'affiche pro-Pinochet

Apres une periode de chaos dans nos tetes, nous avons essaye de comprendre cette situation (texte integral sur notre site web http://perso.wanadoo.fr/surlaroutedumonde/
rubrique : developpement).

Il en ressort que la dictature s'est aussi accompagnee d'une croissance economique (qui s'est amplifiee dans les annees 90), ameliorant considerablement le niveau de vie des chiliens. Aujourd'hui, c' est comme si les atteintes aux droits de l'homme des annees Pinochet ont ete efface par ce boom economique. Le travail de memoire, me direz-vous ? Il est toujours difficile et long, mais l'Histoire est en train de prendre sa revanche avec la recente inculpation de Pinochet dans le cadre de l'operation Condor et la mise en evidence du role de l'armee.

merci pour vos commentaires eclaires sur la question

Mat


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PostPosted: Fri Mar 18, 2005 14:58 
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Joined: Thu Oct 07, 2004 21:41
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Location: Sainte Rose 97 Guadeloupe
c'est vrai il ne faut pas l'oublier le chili c'est un peu la suisse d'amérique latine et malheureusement beaucoup pense dans la population que c'est grâce à pinochet
j'ai rencontré des gens qui, de droite comme de gauche, voyaient comme plus important le bilan économique défendu: un homme de droite me disait qu'il saluait l'actuel président de gauche qui avait amené le pays à prospérer même s'il ne partageait pas ses idées
pour eux sans sortir semblait plus important que toutes les malversations ou plus grave, les crimes...
ton regard est intéressant... et il est difficile de comprendre quand on met le doigt dessus

_________________
Il n'y a pas d'Homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, changé 20 fois la forme de sa vie et de sa pensée. (Lamartine)


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PostPosted: Thu Jun 16, 2005 14:25 
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Joined: Sat Jan 24, 2004 18:03
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Location: Allemagne, Berlin
j´ai constate la meme chose concernant le bilan de pinochet. il semble communement admis par la population que pinochet (et un de ses ministres en particulier dont le nom m´echappe) est responsable de la bonne situation economique du pays, chose dont les chiliens sont tres tres tres fiers.

_________________
todo posible, nada seguro :-D


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 Post subject: Le 11 septembre de Salvador Allende
PostPosted: Tue Jun 28, 2005 19:31 
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Le 11 septembre de Salvador Allende

Le 11 septembre 1973 de Salvador Allende

http://lbsjs.free.fr/LaBasMermet/100903.ram

http://www.la-bas.org/article.php3?id_a ... he=allende

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Onze septembre 1973, Allende.
Entretien avec Alain Joxe, Patrick Zachmann, Pedro Tapia, Eduardo Olivares, Pierre Kalfon, Patricio Tupper.

http://lbsjs.free.fr/LaBasMermet/110903.ram

http://www.la-bas.org/article.php3?id_a ... he=allende


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PostPosted: Tue Jun 28, 2005 19:36 
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Cauchemars d’hier, victoires d’aujourd’hui
Séismes sud-américains

Par Maurice Lemoine
Auteur de La Dette (roman de la paysannerie brésilienne), L’Atalante, Nantes, 2001.


Un mois après que le président chilien, M. Ricardo Lagos, a donné un large écho à un rapport accablant sur les tortures commises sous le régime du général Augusto Pinochet, le juge Juan Guzman a ordonné, le 13 décembre, l’inculpation de l’ex-dictateur pour les crimes commis pendant l’opération « Condor », programme mis en place à l’époque par les dictatures sud-américaines (Chili, Argentine, Bolivie, Brésil, Uruguay et Paraguay) pour liquider leurs opposants. En février 2001, M. Guzman avait déjà fait arrêter le général pour son implication dans la « caravane de la mort » – une série d’enlèvements et d’assassinats datant d’octobre 1973.

Cependant, en juillet 2002, la Cour suprême avait prononcé un non-lieu, estimant que l’ex-dictateur, atteint d’une « démence modérée », n’était pas en mesure d’assurer sa défense. L’argument de sa santé défaillante ayant fonctionné à la perfection, le général a récidivé en se faisant admettre à l’hôpital militaire de Santiago, le 18 décembre, pour un « accident cérébro-vasculaire » tombant fort à propos. A l’image glaçante du dictateur aux lunettes noires de 1973, il peine toutefois à substituer celle d’un grand-père débonnaire et persécuté. Cette fois, la cour d’appel de Santiago a ratifié le mandat d’arrêt lancé contre lui.

Si d’aventure son état de santé affectait également sa mémoire, on ne peut que lui conseiller l’ouvrage de John Dinges consacré à l’opération « Condor » (1). S’appuyant sur des entretiens menés avec des protagonistes de tout bord, ainsi que sur la profusion de documents secrets découverts ou officiellement déclassifiés, l’auteur confirme : c’est bien M. Pinochet qui mit au point ce programme clandestin. Tout d’abord, en créant la Direction du renseignement national (DINA), dirigée par le colonel Manuel Contreras, placé directement sous son autorité. Ensuite, en chargeant ce dernier de la mise en place de l’organisation terroriste, dont la réunion fondatrice eut lieu le 26 novembre 1975 à Santiago. Dès lors, précise Dinges, « chaque pays membre autorisera les services de renseignement des autres pays à intervenir à l’intérieur de ses frontières, pour enlever des exilés, les interroger, les torturer et les ramener dans leur pays d’origine ».

Avec, bien sûr, les inévitables guest stars... « J’ai discuté avec Vernon Walters [directeur adjoint de la CIA] et il nous a envoyé huit agents de haut niveau de la CIA pour organiser ici, au Chili, des cours ou des séminaires, qui se sont poursuivis jusqu’à la mi-août 1974 » (ex-colonel Contreras, interviewé en juin 2002). Des milliers de Sud-Américains paieront cette guerre idéologique de leur intégrité physique, mentale, ou de leur vie (2).

En Argentine (comme ailleurs), la dictature a permis d’instaurer le modèle économique actuel (3). Passionnant est le processus raconté par Raúl Zibechi, qui a conduit, après la destruction des vieux mouvements populaires, au surgissement d’acteurs nouveaux (4). Galvanisées par l’exemple des Mères de la place de Mai, qui ont joué un rôle déterminant dans l’imaginaire social argentin, une myriade de petites organisations ayant rompu avec les partis, refusant les rapports avec l’Etat, n’acceptant ni hiérarchie ni directions politiques en leur sein, surgissent dans les années 1990. Hijos (enfants des détenus-disparus), mouvements culturels, radios alternatives, organisations de femmes, jeunes « en chute libre » de la classe moyenne paupérisée, syndicat dissident « se stimulent et se renforcent réciproquement ». -Lorsque surgissent les piqueteros (chômeurs manifestant massivement), l’addition des secteurs sociaux en lutte, aucun n’étant subordonné à l’autre, fait surgir une société en mouvement. Suffisamment puissante pour renverser deux gouvernements, l’explosion de décembre 2001 survient « dans un contexte où il n’existait plus d’organisations capables de diriger l’ensemble du mouvement social ».

Pas de programme, « le mouvement se déplace des marges vers le centre, pas d’en bas vers le haut ». Du zapatisme urbain, avance l’auteur, rejoignant la thèse de John Holloway (5), inspirée par le sous-commandant Marcos : il faut changer le monde sans prendre le pouvoir. Reste une question centrale, non encore tranchée : si la démarche permet de renverser un président, peut-on changer le monde sans contrôler l’Etat ?


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(1) John Dinges, Les Années Condor, La Découverte, Paris, 2004, 340 pages, 23 euros.

(2) Lire Steve J. Stern, Remembering Pinochet’s Chile, Duke University Press, Durham et Londres, 2004, 280 pages, 21,50 livres.

(3) Lire Eric Calcagno et Alfredo Eric Calcagon, Una Argentina posible, Le Monde diplomatique/ Edición Cono Sur, Buenos Aires, 2004, 93 pages, 8 pesos.

(4) Raúl Zibechi, Argentine. Généalogie de la révolte, Editions CNT-RP, Paris, 2004, 379 pages, 16 euros.

(5) John Holloway, Cambiar el mundo sin tomar el poder, Montesinos, Madrid, 2002, 312 pages, 15 euros.

http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/chili


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PostPosted: Thu Jun 30, 2005 16:05 
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ENTRETIEN AVEC LAURA ELGUETA DÍAZ

"Terre de personne"

Une survivante de l’Opération Condor raconte son expérience face au terrorisme d’Etat dans le Cône Sud.

par Frank Gaudichaud

30 juin 2005




Laura Elgueta Díaz est une survivante de « l’Opération Condor », une coordination de plusieurs dictatures latino-américaines - à commencer par celle du Général Pinochet au Chili - qui entre 1975 et le milieu des années quatre-vingt a semé la terreur non seulement dans le Cône sud mais aussi bien au-delà, en organisant une véritable répression transnationale contre-révolutionnaire. Les agents des dictatures, parfois avec l’appui direct des Etats-Unis, ont ainsi échangé des informations mais aussi des techniques de tortures et ont pu organiser une « chasse à l’homme » d’un pays à l’autre, en toute impunité. Peu de personnes ont pu réchapper des griffes du condor et ce témoignage est donc d’une grande importance pour ceux qui luttent pour la Vérité et la Justice en Amérique latine.

Laura Elgueta a été arrêtée alors qu’elle avait 18 ans, le 12 juillet 1977, à Buenos Aires en même temps que sa belle-sœur, Sonia Magdalena Díaz Ureta. Elle vivait depuis avril 1974 en Argentine, pays où elle a immigré avec ses parents, suite au coup d’Etat militaire au Chili. Son frère, Luís Elgueta Díaz, est un détenu-disparu de l’Opération Condor. Il est aussi l’une des personnes qui est mentionnée dans l’accusation du juge espagnol Balthasar Garzón contre A. Pinochet en 1998 ainsi que dans la liste du Juge chilien Guzmán dans le cadre de l’affaire "Opération Condor" [1]. Comme le reconnaît la commission parlementaire chilienne « pour la Vérité et la Réconciliation » (aussi connue sous le nom de "Rapport Rettig"), « le 27 juillet 1976, 25 jours après être arrivé en Argentine, Luís Enrique Elgueta Diaz a été arrêté aux côtés de sa compagne et de sa sœur, toutes deux de nationalité argentine. Il est parti vers ce pays, après avoir été expulsé de l’École de Musique de l’Université du Chili, étant donné sa participation au Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) à Santiago. Avant de voyager, il a laissé à un ami l’adresse d’un parent où il serait logé dans la capitale argentine. Son ami, Sergio Fuenzalida, a été arrêté à Santiago par la DINA [la police secrète de la Dictature - ndt] le 28 juin 1976, avec six autres personnes, lesquelles sont aussi disparues. La Commission a pu arriver à la conviction que la victime, intensément recherchée au Chili suite à l’opération de la DINA qui a annihilé le groupe de ses amis à Santiago, a été mise à la disposition d’agents de la DINA à Buenos Aires » [2].

Laura Elgueta a accepté de nous livrer ici son témoignage dans une entrevue exclusive. Son histoire nous montre de manière emblématique, non seulement le fonctionnement de l’Opération Condor, mais aussi certaines contradictions de la justice actuelle dans le Cône Sud.

Comment expliquez-vous votre détention, aux cotés de votre belle-sœur, une année après la disparition tragique de votre frère ? Aviez-vous des responsabilités politiques ? Le cas échéant, comment comprendre la logique des agents au service des dictatures ?

Ma belle-soeur Sonia Díaz Ureta, mariée à cette époque avec mon autre frère, Carlos, était arrivée en Argentine quelques jours auparavant depuis Mexico, lieu où elle résidait depuis la disparition de mon frère, Luís, de ma belle-soeur Clarita et de sa soeur. Sonia, a accepté de venir à Buenos Aires pour que mes parents et moi-même puissions connaître Jaina, nouvelle venue dans notre famille et qui était née au Mexique. Nous pensons qu’ils doivent avoir détecté l’entrée de Sonia à Buenos Aires, et de là ils ont décidé d’agir contre nous, en supposant que Sonia et moi avions des activités contre la dictature de Pinochet. Cela n’était pourtant pas vrai à cette époque. Je n’avais pas de militantisme politique, tout en étant évidemment de gauche. Ils nous accusaient de continuer la tâche de mon frère, Luís, qu’ils avaient arrêté un an auparavant. J’avais 18 ans et j’étais en dernière année de Lycée.

Comment s’est déroulée votre arrestation, puis votre détention ?

Notre kidnapping s’est déroulé suivant le modèle classique des opérations de répression de cette époque. Sont arrivés chez moi, à Buenos Aires, entre 10 et 15 hommes, armés, criant, inspectant. Ils ont littéralement « occupé » le petit appartement où vivait ma famille. Il était près de 23 heures. Ils nous ont annoncé que nous devions partir avec eux et m’ont obligée à m’habiller (j’étais déjà couchée et en robe de nuit) et nous sommes sorties de l’appartement, entourées de tous ces types armés. Nous avons été ensuite poussées dans des voitures, chacune dans une différente, et jetées sur le sol de la partie arrière, puis nous avons eu les yeux bandés. Pendant le court trajet nous avons été frappées, tripotées et insultées. Nous sommes arrivées alors à un lieu, dont avec le temps nous avons pu établir qu’il s’agissait de « El Atlético » (centre clandestin de détention et de torture) et là nous avons été « accueillies » par des Chiliens. Cela a été la première fois que je me suis rendue compte qu’il y avait des Chiliens sur place.

Pendant "les interrogatoires", quelles étaient les questions les plus insistantes des agents ? Quelles étaient leurs méthodes ?

Les méthodes là encore étaient "classiques". Coups, mauvais traitements verbaux constants, humiliation, en définitive torture... Mais, je n’aime pas parler de ces détails. J’ai dû me référer à cela lors des procès, mais en général je crois que cela n’apporte rien de plus. Cela est déjà assez connu ce qui était fait dans ces centres. Et, en général je n’aime pas parler de çà par respect pour ma famille et les gens qui m’aiment ; en outre, parce que j’ai fait un blocage sur ce genre de choses durant de nombreuses années, et le revivre lors des procès, cela a signifié un choc émotionnel très important. Et s’il y a bien quelque chose à laquelle je ne suis pas disposée, c’est de souffrir plus de ce que j’ai déjà souffert. Maintenant, en ce qui concerne l’interrogatoire : tout ce qu’ils demandaient était lié aux activités politiques que mon frère (Luís) effectuait au Chili, en tant que membre de la résistance chilienne [à la dictature, ndt]. Mon frère était militant de cette résistance - chose qui m’enorgueillit beaucoup - et c’est sur cela qu’ils nous questionnaient. Mon frère était un jeune cultivé, de bonne famille, il avait un don admirable : c’était un grand musicien, un musicien inné, avec une voix privilégiée. Il aurait pu partir du Chili, s’en aller en exil ou ne rien faire, se protéger et s’éloigner de la réalité que le Chili était en train de vivre. Mais, il n’a pas choisi ce chemin. Mon frère ne s’est jamais résigné à vivre en dictature. Il a beaucoup souffert de ce qui arrivait à ses amis, ses camarades. Il a été un jeune homme conséquent avec son époque et cela lui a coûté la vie.

Dans le centre de détention avez-vous pu reconnaître quelqu’un (agents ou détenus) ? Avez-vous pu parler avec des prisonniers ?

Nous avons été dans le centre quelques heures seulement. Nous n’avons pu parler avec personne. Nous ne le pouvions pas. J’ai entendu, pendant environ deux heures, comment ils torturaient brutalement une fille. J’ai entendu l’arrivée de deux jeunes, un homme et une femme. Ils ont été frappés et dévêtus à mes cotés. J’ai aussi entendu des gens marcher avec des fers aux pieds. Toute la nuit, j’ai écouté des cris. C’était l’horreur même. Au milieu de tout cela, ils emportaient ma belle-soeur, puis ils venaient me chercher, puis ma belle-sœur, etc. J’ai pu reconnaître deux personnes, parce qu’ils étaient là lors de la perquisition. L’un était un Argentin, c’était le "chef". Avec le temps j’ai pu savoir qui c’était. Il s’agissait du responsable de « El Atlético », José Benito Fioravanti, fonctionnaire de la police fédérale argentine. Il est décédé en 1985. Et j’ai accidentellement reconnu par la suite, en le voyant sur une photo, et ensuite dans le cadre des jugements oraux, Enrique Arancibia Clavel, un agent de la DINA chilienne qui vivait à Buenos Aires. Cette personne était là lors de mon interrogatoire et celui de Sonia. Il a conduit la voiture quand ils ont décidé de nous relâcher. Cela a été quelque chose d’incroyable quand nous avons vu la photo de ce type. Parce que, aussi bien Sonia que moi même, nous n’avons eu aucun doute au moment de le reconnaître. C’était impressionnant. En plus, je me suis jamais fixé comme objectif de vie de rechercher ces personnes et encore moins celles impliquées dans mon propre cas. J’ai toujours voulu, et c’est encore mon désir primordial, connaître le destin mon frère et de ma belle-sœur, et de la soeur de celle-ci, parce qu’elles étaient mes amies. Et si quelque chose a été clair lors de notre détention, c’est que ceux qui nous ont arrêtées et nous ont interrogées, étaient aussi ceux qui ont pris part d’une manière ou d’une autre au kidnapping de ma famille. Ils nous l’ont dit et nous l’ont démontré. Arancibia aurait pu être un agent quelconque, un de ceux qui accompagnait simplement Fioravanti, qui était celui qui dirigeait l’interrogatoire. Mais, quand nous avons su qu’il était de la DINA, nous avons compris clairement pourquoi il a été présent durant tout le processus, de la perquisition jusqu’à la libération. Cet homme est lié à de nombreuses disparitions de Chiliens en Argentine. Ils ont trouvé beaucoup de preuves contre lui. Evidemment, il nie tout, en bloc...

Il est prouvé que votre détention a été une action menée à bien dans le cadre du Plan Condor. Quels ont été les éléments qui ont permis de le démontrer ? Et, à ce sujet, soupçonniez-vous l’existence de cette opération à l’époque ?

J’ai toujours dit quel a été notre étonnement quand nous avons entendu parler des Chiliens lors de la détention. C’était tellement déconcertant, que ce que l’on sait aujourd’hui - c’est-à-dire le degré de coordination qui existait alors - je n’y est pas pensé à ce moment là. Quand je m’en suis rendue compte, et quand ils parlaient de mon frère Luís, j’ai senti beaucoup de tristesse, parce que j’ai réalisé à quel point il avait été candide en restant en Argentine et en croyant que du fait d’être sorti du Chili, ses bourreaux n’allaient pas pouvoir l’atteindre. C’est d’ailleurs ce qu’ils nous disaient. J’ai compris à ce moment que la coordination existait, qu’elle était réelle et rapide (ils racontaient comment mon frère a été emporté au Chili peu de temps après son arrestation et comment ils allaient faire pareil avec nous). Cela nous l’avons dénoncé en arrivant au Mexique. Et nous avons eu des preuves tangibles que le Plan Condor existait. Aujourd’hui, on sait tout - ou presque tout - là dessus. Ce jour là, nous avons vu agir le Plan Condor dans toute sa splendeur. Pour moi cela a été déterminant, dans le sens de savoir que ma famille, il fallait la chercher aussi au Chili. Je vous rappelle qu’à cette époque (moi au moins et ma famille) nous croyions que nous allions les retrouver vivants. Nous n’envisagions pas l’éventualité d’un décès, ou nous ne voulions pas y penser.

Vous avez été appelée en tant que témoin dans le procès effectué en 2000 contre l’ex-agent la DINA, Enrique Lautaro Arancibia Clavel, pour le meurtre à Buenos Aires du général Carlos Prats [Militaire proche de S. Allende avant le coup d’Etat - ndt] et de sa conjointe [3]. Comment avez-vous réussi à établir le lien entre votre cas et celui de Prats ? Quels ont été les apports, en termes de justice, de votre témoignage ?

Quand Sonia et moi avons reconnu Arancibia, nous avons mis notre témoignage à la disposition de la famille Prats. Ils avaient un procès très avancé, et on a seulement pensé à cela. En outre Sonia qui habitait au Mexique était de visite au Chili, et nous en avons donc profité pour laisser tout ce que nous pouvions entre les mains de la défense de la famille Prats. Je crois qu’en termes de preuves, mon témoignage a été clef, parce que la ligne de défense de ce type (Arancibia) a été toujours centrée sur la négation totale. Pour son malheur, par un biais auquel il ne doit jamais avoir pensé, nous sommes apparues, nous, deux de ses victimes bien vivantes. Et nous l’avons reconnu sans aucun problème. Arancibia a en outre toujours essayé d’apparaître comme un "analyste" qui coopérait avec le gouvernement militaire chilien. C’est un mensonge : « l’analyste » perquisitionnait, kidnappait, interrogeait, appliquait le courant sur les corps, etc. ! Au début, sa famille me faisait de la peine, parce que je crois que ce sont des personnes décentes, et c’est clair, il s’agit de sa famille ; mais en vérité, la manière effrontée avec laquelle ils ont essayé d’alimenter ce tissu de mensonges m’a impressionnée. Ils ont « suggéré » que ce que Sonia et moi avons déclaré n’est que mensonge, une "invention"... S’il vous plaît ! !... Quelle catégorie de personnes croient-ils que nous sommes pour faire une chose de la sorte ? Il faut être fou et macabre pour "inventer" cela. De plus, comme je le dis toujours, je suis chrétienne, et je ne mentirai jamais sur de tels sujets. Je comprends l’amour familial ; mais ce que je ne vais jamais accepter c’est que l’on prétende continuer à nous faire du tort, cela suffit ! Nous parlons d’une famille détruite qui a perdu un fils, un frère. Les dommages créés par Arancibia ont été amplement suffisants, et je demande seulement à Dieu, qu’un jour ou l’autre, il se repente et dise quelque chose sur mon frère, parce qu’il sait, de cela je suis sûre, il doit savoir. En ce qui me concerne et en ce qui concerne Sonia, nous sommes toutes les deux reconnaissantes du travail de la justice : Arancibia a été jugé et cela a été un élément réellement réparateur pour nous.

Vous avez dénoncé [4] les incohérences de la Commission nationale sur la Torture et la Prison politique créée récemment par le gouvernement chilien ("Rapport Valech"). En effet, elle prétend faire la lumière sur ces atteintes aux droits de l’homme et indemniser une partie des victimes, mais ne reconnaît pas celles de l’Opération Condor : pouvez-vous nous en expliquer davantage ?

Moi ce que je dis par rapport au « Rapport Valech », sans cesser de reconnaître l’immense valeur que ce rapport a pour le Chili, c’est qu’il existe - dans le cas des personnes torturées hors du territoire national - une décision ou une interprétation juridique aberrante. Et, sans vouloir être égocentrique, notre cas est une preuve majuscule de ce que j’avance. Moi-même et Sonia, nous avons été arrêtées et kidnappées par des Chiliens et des Argentins. Y compris un de ces Chiliens (parce qu’il y en avait plusieurs mais nous ne les avons pas vus) est connu, et il est prouvé qu’il était un agent de la DINA et que la DINA agissait comme un appareil de l’État. Alors, que se passe t-il ? D’un coté, au début du Décret Suprême Nº 1.040, il est dit que l’on doit effectuer « des recherches sur les cas de torture qui se sont produits au Chili... », et de l’autre, on décide de rejeter des cas comme le nôtre. Selon moi, c’est une aberration. Je ne peux pas croire qu’il s’agit là de l’esprit de la loi qu’a créée le Président Lagos. D’autre part, il me semble que cela représente une double punition pour nous. C’est pourquoi j’ai écrit cette phrase qui dit que nous nous retrouvons aujourd’hui sur la "terre de personne". Si je comprends bien, le Chili ne serait responsable de rien ? L’État crée une commission pour reconnaître la torture et ne reconnaît pas "les cas Condor" ? Scandaleux ! Cela dépasse tout entendement... L’expérience que j’ai vécue en faisant face à mon bourreau lors d’un jugement oral - avec un avocat qui me demandait jusqu’à la couleur des chaussures qu’il portait, s’il avait des moustaches ou pas, etc. - : cela c’est faire face à la justice. C’est la justice, oui, mais c’est aussi quelque chose d’assez cruel et difficile. Et je crois que la situation créée par le « Rapport Valech », celle de "ne pas reconnaître" nos cas, laisse un grand manque pour la défense de futurs citoyens chiliens qui devront faire face à ce type de procès. Sonia et moi avons déjà eu un jugement en notre faveur, et le kidnapping, la torture, la responsabilité d’Arancibia y sont clairement établis. Mais, je me demande : que va t-il arriver si demain apparaît un autre cas comme le nôtre ? Il s’agit d’une myopie légale et d’une injustice. Je n’aurai jamais pensé que des personnes comme les membres de la Commission Valech, dans lesquelles j’avais confiance, feraient quelque chose comme ça. C’est pourquoi j’ai fait une demande car j’ai cru que face à tant et tant de cas à traiter, face à tant d’horreur, il pouvait y avoir une erreur. Mais la réponse a été insultante. Apparemment, ils n’ont même pas réévalué mon cas et ont utilisé les mêmes critères. Cela restera comme une tache sur un rapport et un travail qui malgré tout restent précieux.

Quelle est la situation actuelle quant au cas de votre frère détenu disparu ? Possédez-vous aujourd’hui davantage d’information sur ses derniers jours et conditions de détention ?

Tout ce qu’il a été possible de faire pour en savoir plus sur mon frère a été fait. Cela a été fait par ma mère depuis le premier jour : dénonciations devant les tribunaux, recherches à la morgue de Buenos Aires, tout... Ma mère a même été arrêtée plusieurs fois, avec la mère de ma belle-soeur, pour cela. Après notre détention et grâce à l’information que nous avons obtenu de nos bourreaux (le fait qu’ils l’avaient apporté au Chili), nous avons concentré notre recherche dans ce pays. Mais malheureusement, on n’a jamais rien su de plus. Mon frère était lié politiquement à un groupe de personnes qui sont aujourd’hui toutes disparues (elles ont été arrêtées au Chili). Lui, face à cette situation, il décide de voyager à Buenos Aires où nous étions, et 25 jours après son arrivée, c’est lui qu’ils kidnappent. L’autre jour, je discutais avec une juge et lui demandais : comment est-il possible que la terre ait avalée ainsi un groupe six ou sept personnes sans laisser de traces ? Cette juge est chargée de faire des recherches sur la disparition d’un jeune homme qui faisait partie de ce groupe. Depuis l’année 1976, il y a très peu de pistes. C’est pourquoi il faut être rigoureux, suivre tous les chemins possibles, être attentifs. Nous, en tant que famille, nous avons pris la résolution de toujours rechercher mon frère. Nous ne sommes plus que deux frères et soeurs, nos parents sont encore vivants et nous souhaitons ne pas mourir avant de savoir quelque chose. C’est notre désir. Mon frère Carlos et moi-même, nous ne souhaitons pas laisser ce poids historique à nos filles, ni à la seule fille de mon frère Luís. Nous voulons refermer, dans la mesure du possible, cette blessure qui est en nous. Parce que nous savons que c’est une blessure béante, qui fait souffrir. Qui est là...

Vous qui avez vu fonctionner la justice chilienne et argentine, si vous effectuez une analyse comparative, quels seraient les points communs et les différences ?

Excusez-moi mais je ne pense pas pouvoir faire cette comparaison, car en vérité, la seule justice que je connaisse bien, c’est celle d’Argentine. Et c’est étonnant ce qui s’est passé là-bas. J’aurais voulu que tous voient ce que signifie faire face à de tels procès, et comment ils se déroulent. C’est bizarre, mais ni moi, ni Sonia, ne pensions ouvrir un jour un procès contre Arancibia. C’est seulement sur la base de ma déclaration que l’Etat a finalement décidé d’ouvrir un nouveau procès. Ce seul fait, cela m’émeut. Ensuite, pas à pas, lentement, a été mis sur pied une accusation, dont le point d’orgue a été quand le tribunal a condamné à 12 années de prison Arancibia en raison de notre kidnapping. Cela a été pour nous un acte compensatoire et ceci d’une telle manière que je n’aurais jamais pensé qu’il en serait ainsi. Et là, oui, j’ai comparé et j’ai pensé : qu’est-ce que cela serait bien que tous les chiliens qui ont aussi souffert ainsi, puissent faire de même. Ce jugement m’a redonné foi en la justice. Au moins celle d’Argentine. J’ai beaucoup à dire en ce qui concerne la justice chilienne. Je crois qu’elle a été un grand complice de tout ce qui s’est passé dans mon pays. Je crois qu’elle a abandonné beaucoup de Chiliens. Je crois que la justice a une grande dette envers la société, et particulièrement avec de nombreuses familles de Chiliens. Je l’ai dit ce jour-là, à la fin de mon procès : j’espère que la justice chilienne apprendra de tout cela. Pour ma part, j’aurais aimé faire venir des étudiants en droit pour assister à ces procès, cela aurait été très instructif pour eux.

Quelle est votre opinion quant à la gestion du gouvernement de la Concertation sur les questions de droits de l’homme ? Vous qui avez combattu pendant plusieurs décennies pour la Vérité et la Justice : quel est aujourd’hui votre bilan personnel et/ou collectif ?

Je crois qu’en matière de droits de l’homme, sans aucun doute, nous avons avancé, mais globalement le bilan n’est pas très bon. J’ai examiné ceci avec plusieurs personnes et mon impression est qu’il s’agit d’un sujet qui concerne le pays tout entier. Je suppose que les gouvernements de la Concertation ont fait ce qu’ils pouvaient, et je remercierai toujours ce qui pourra être fait dans le cas de mon frère, mais en tant que citoyenne, évidemment, je ne suis pas satisfaite. Comment est-il possible qu’il y ait au Chili plus de mille personnes encore portées disparues, alors que sont vivants ceux qui savent et que les institutions qui ont planifié, conçu, et exécuté ces atrocités ne disent rien ? Comment est-il possible que la société n’en fasse pas plus ? Il existe des explications. J’étudie de manière constante ce sujet, parce que je prétends "comprendre" quels phénomènes sociaux, politiques, humains, sont derrière tout cela. Mais j’ai aussi la capacité -au-delà de la simple compréhension - d’exiger des changements. Car la célèbre phrase du "plus jamais çà !", bien qu’étant tellement utilisée et manipulée, n’a pas de synonyme qui puisse la remplacer. Nous autres, nous avons été marqués à jamais, nous savons vivre avec cette blessure, nous savons que des membres de nos familles ont été torturés, exécutés, jetés à la mer ou enterrés, etc. Nous avons vécu cela et rien de rien ne va le changer. Ou peut-être seulement en obtenant la vérité et la justice... Dans ces conditions, comment ne pas comprendre que tout ceci a été atroce et qu’il faut tout faire pour que cela ne se répète pas ? Pourtant, je vois beaucoup d’indifférence. J’ai quitté le Chili quand j’avais 15 ans et j’ai toujours pensé que ce pays était conséquent, j’ai été élevé en pensant cela, et je l’ai d’ailleurs par la suite reproché à mes parents qui ont tant idéalisé leur pays. J’y suis retourné à 31 ans. J’ai beaucoup étudié ce sujet, parce que cela m’intéresse d’un point de vue académique, et je me suis rendue compte que nous, les Chiliens, nous n’avons pas su résoudre nos conflits. Nous n’avons pas su "parler" des problèmes, tant collectifs qu’individuels. Le thème des droits de l’homme devrait être un sujet non transversal à l’école mais une matière spécifique, concrète. C’est fondamental pour ce pays, après ce qui s’est passé. Il faut provoquer la discussion, il faut parler des droits en général. Aujourd’hui, nous ne savons plus défendre nos droits, nous ne savons pas le faire. Même quand j’ai dénoncé les incohérences du « Rapport Valech », certains beaux esprits n’ont pas manqué de me dire, et plusieurs ne me l’ont pas dit mais l’ont pensé, le rapport est tellement important... comment vas-tu le dénoncer ? ! Je n’ai pourtant pas de doutes ni de vacillation à ce sujet, jamais, je ne vais pas renoncer à dénoncer ce qui me paraît être une injustice. Et je crois qu’il faut être aveugle pour craindre qu’une dénonciation responsable, "réelle" puisse provoquer le "discrédit" d’un rapport, quel qu’il soit. Comme vous dites, j’ai combattu toute ma vie, pour la justice, pour les droits humains, et je crois qu’il serait inconséquent de ma part de ne pas dénoncer tel ou tel fait qui pourrait affaiblir cette lutte. Quant au reste, je suis la soeur d’un prisonnier disparu ; et la femme de mon frère, Clarita Fernández, et la soeur de celle-ci, Cecilia Fernández, toutes les deux argentines, étaient mes amies. Mon frère a connu Clarita et ils sont tombés amoureux. Ils ont vécu ensemble durant plusieurs mois avant la détention. Ils vivaient dans l’appartement des sœurs Fernández au moment du kidnapping et ainsi ils ont aussi séquestré Cecilia. En ce sens, ma lutte est très claire. Elle a un nom et un prénom : Luís Elgueta et les soeurs Fernández. Voilà ma réalité. Et j’aurai donné ma vie pour qu’il n’en soit pas ainsi, parce que j’aimais chèrement ces trois personnes dans leurs rôles respectifs, de belle-soeur, amis et je ne vous raconte même pas en ce qui concerne mon grand frère. C’était mon idole. Je l’adorais, nous avions une relation très forte. D’autre part, c’est à moi et à Sonia qu’ils ont raconté comment ils ont torturé puis déporté mon frère au Chili. Et en définitive, c’est cela le Plan Condor. Cela va bien au-delà des livres et des documents d’archives. Et la chance de pouvoir le raconter, très peu de personnes l’ont eue : la majorité d’entre elles sont portées disparues... Je crois que le Chili, et ses générations futures, ceci je le dis comme mère, méritent que tous ceux qui - comme nous - avons fait partie de tout ce passé, nous installions dans notre pays la culture du droit, du respect, de la tolérance, et de la lutte pour que plus jamais un homme ou une femme ne soient torturés et assassinés parce qu’ils pensent différemment.


NOTES:

[1] Voir Juez Baltasar Garzón Real, Auto de detención dictado a Augusto Pinochet, Madrid, Audiencia Nacional, Juzgado central de instrucción numero cinco, Sumario 19/97 P.S., 18 octobre 1998 (in www.analitica.com/bitblioteca/pinoc...) y “La última acusación de Pinochet a sus subalternos”, La Nación, Santiago de Chile, 5 novembre 2004.

[2] Comisión Nacional de Verdad y Reconciliación (Informe Rettig), Santiago, 1991 (in www.memoriaviva.com/Documentacion/i...).

[3] Victoria Ginzberg, “Arancibia, de vuelta al banquillo”, Pagina 12, Buenos Aires, 27 septembre 2004 & Claudio Mardones, “Operación Cóndor. El olor y la pinta acusaron a Arancibia Clavel”, El Periodista, Santiago, año 3, Nº 73, 22 octobre 2004 (in www.elperiodista.cl/newtenberg/1704...).

[4] Laura Elgueta, “El informe Valech no reconoce la Operación cóndor”, Rebelión, 6 juin 2005 (in www.rebelion.org/noticia.php?id=16059).

Source : Rebelion (www.rebelion.org), juin 2005.

Traduction : Franck Gaudichaud.



http://risal.collectifs.net/article.php ... ticle=1398


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PostPosted: Sat Jul 09, 2005 17:50 
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Pour les indigènes mapuches, le Chili n'a pas vraiment changé

SIMON PETITE, samedi 09 juillet



RÉPRESSION - Les Mapuches s'accrochent à leurs terres. Les
autorités n'hésitent pas à recourir à une loi antiterroriste datant de Pinochet.


A l'écouter, on croirait qu'Augusto Pinochet tient toujours
les rênes du Chili. Juana Calfunao Paillaef est la «Lonco» d'une petite
communauté mapuche du Sud du pays. «Lonco» signifie la «tête pensante» chez ces
indigènes, qui résistent farouchement au grignotage de leurs terres ancestrales.
Elle était de passage à Genève. Il n'est pas courant qu'une femme dirige une
communauté mapuche, reconnaît Juana Calfunao. «Avec la répression, nous avons dû
monter au créneau.» Son arrière grand-père, puis son grand père, étaient «Lonco»
avant que sa mère ne reprenne cette charge.
En 1973, Pinochet renverse Salvador Allende. Une chape de
plomb recouvre le pays. «Ma mère a été arrêtée et torturée. De retour chez les
siens, elle n'était plus en mesure d'assumer la tâche de 'Lonco'».
La fille reprendra le combat bien plus tard. En 1998, Juana
Calfunao dénonce l'empiètement des propriétaires terriens voisins sur le
territoire de sa communauté. Le début de ses ennuis.


LOI D'EXCEPTION

En mai 2000, Juana Calfunao est arrêtée par la police. Les
passages à tabac subis en détention lui font perdre le bébé qu'elle portait,
rapporte Amnesty International.
Dernier épisode répertorié par la célèbre organisation de
défense des droits humains, l'incendie de la maison de Juana Calfunao, dans
lequel a péri son oncle. C'était le 26 juin 2004. Dans les deux cas, Amnesty n'a
connaissance d'aucune poursuite.
Contre les Mapuches, les méthodes de la dictature perdurent.
Les autorités recourent volontiers à une loi antiterroriste promulguée sous
Pinochet. En 2004, douze membres de la minorité mapuche ont été condamnés pour
«terrorisme» dans des affaires de conflit avec des propriétaires terriens ou des
entreprises forestières, signale Human Rights Watch dans son dernier rapport
annuel.
La loi antiterroriste autorise des détentions préventives
longues de plusieurs mois ou permet aux témoins à charge de rester anonymes.


EMPÊCHEURS D'INVESTIR EN ROND

Après sa visite au Chili il y a deux ans, Rodolfo Stavenhagen,
le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples indigènes, s'étonnait
du fait que les médias s'intéressaient beaucoup aux crimes du régime Pinochet et
très peu à ceux commis aujourd'hui contre les Mapuches.
S'ils le faisaient, peut-être que les Chiliens s'apercevraient
que leur pays n'a pas radicalement changé. «Je crois que nous autres Chiliens de
gauche, progressistes, nous avons une grande responsabilité, et nous ne l'avons
pas pleinement assumée: faire savoir ce qui se passe réellement au Chili»,
écrivait la dirigeante historique du Parti communiste Gladys Marin, décédée en
mars dernier. «Le Chili a été le premier pays à appliquer sans restrictions le
modèle néolibéral, et ce sous la dictature de Pinochet. Il ne reste désormais
plus rien à privatiser. Ce processus n'a pas été remis en cause par les
gouvernements de la Concertation (centre gauche au pouvoir depuis 2000, ndlr).»1

Dans un tel contexte, les Mapuches apparaissent comme des
empêcheurs d'investir en rond. Les terres qui leur restent sont l'objet des
convoitises des sociétés forestières étrangères. «Elles détruisent les forêts
originelles, pour planter des pins et des eucalyptus qui assèchent le sol»,
dénonce Juana Calfunao. «Votre progrès, basé sur la rentabilité, signifie notre
destruction.» I

http://www.lecourrier.ch/modules.php?op ... &sid=39849


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PostPosted: Sat Jul 23, 2005 17:04 
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Joined: Fri Jul 22, 2005 13:35
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Salut

Cette colonne est passionante, pas le temps de tout lire, payant la connection à la minute, mais j'y reviendrai, c'est sûr, tant il y a matière à réflexion! Merci!
Au passage, je vous signale un mini-dossier très intéressant sur la crise monétaire de 2001 en Argentine dans le dernier numéro de CQFD (mensuel disponible en kiosque ou sur internet): interview de deux personnes ayant vécu le marasme, article sur une expérience originale d'autogestion à Buenos Aires,...D'autant plus agréable que l'Amérique du Sud reste assez méconnue voire ignorée en France, au grand dam des américains vivants ici. Ciaoooo.

_________________
Macadam à deux voies...un film à voir absolument!


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PostPosted: Fri Aug 05, 2005 10:41 
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Joined: Fri Aug 05, 2005 10:28
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Si les années Pinochet sont incontestablement "négatives" sur le plan répressif, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. La croissance économique, mais également la stabilité politique, le développement social et culturel bénéficient à toutes les couches sociales de la population. Peu de pays peuvent se targuer d'un tel résultat ces 20 ou 30 dernières années, et notamment le voisin chilien qu'est l'Argentine.

Condamner Pinochet ne doit pas occulter le fait que des plaintes ont été déposés devant la Cour de Justice Internationale par des victimes des bombardements en Europe de l'Est par l'aviation américaine. Messieurs Clinton, Powell Mme Albright sont cités comme criminels de guerre et crimes contre l'humanité. Les plaintes ont été déclarées recevables par ce tribunal international. Faire un bilan entre Pinochet et les bouchers américains ne fera pas avancer la justice, mais j'observe que certaines personnes sont désinformées.


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